Pierre Le Coz, né à Fréjus en 1954 dans une famille originaire du Finistère, est un écrivain et essayiste français. Il a fait des études de mathématiques et de philosophie. Sa famille, d’origine bretonne, est partie travailler dans le Sud-Ouest et il a passé toute sa jeunesse à Toulouse.

Après une existence essentiellement marquée par l’errance, les voyages (nombreux séjours au Maroc) et l’immersion dans l’univers urbain, il vit retiré dans un village de Dordogne où, selon l’expression convenue, quoique dans son cas parfaitement exacte, «il se consacre entièrement à l’écriture».

Ses premiers textes, des «proses poétiques urbaines» ont paru en 1993 dans La Nouvelle Revue française (Gallimard) alors dirigée par le poète Jacques Réda. Il a publié depuis une trentaine d’ouvrages – fictions, récits de voyage, essais – dont Plein Sud (Arléa, 2001) et L’Autre versant du jour (Le Rocher, 2007) qui a obtenu le prix Prométhée de la Nouvelle. Il est aussi l’auteur, en collaboration avec le peintre Pierre-Éric Laroche, d’un livre sur Vermeer, Vermeer ou l’action de voir (La Lettre volée, Bruxelles, 2007).

Depuis une dizaine d’années, il se consacre à la rédaction d’une unique somme, L’Europe et la Profondeur, dont neuf tomes ont paru aux Nouvelles Éditions Loubatières :

    • L’Europe et la Profondeur, 2007.
    • Traité du Même, 2009.
    • L’Empire et le Royaume, 2010.
    • Le Voyage des morts, 2011.
    • Le Secret de la vie, 2012.
    • L’Ancien des jours, 2013.
    • Le Pays silencieux, 2014.
    • L’Atelier du silence, 2016.
    • Veilleur, où en est la nuit ?, 2017

L’Europe et la Profondeur

Origine

Pierre Le Coz a expliqué le point de départ de son travail, en 2007 : « Lorsque je me suis engagé au printemps 1996 dans l’écriture de L’Europe et la Profondeur, je ne pensais pas que cela m’entraînerait aussi loin. Ce n’était à l’origine qu’un article sur la perspective. J’avais écrit l’année précédente, en collaboration avec mon ami le peintre Pierre-Éric Laroche, un petit essai sur Vermeer (Vermeer ou l’action de voir, La Lettre volée, Bruxelles, 2007), où entre autres thématiques, nous nous intéressions au traitement de la spatialité dans les tableaux du Sphinx de Delft. À cette occasion, des idées m’étaient venues sur ce qu’est, en essence, cette invention très mystérieuse : la perspective. J’ai simplement voulu les mettre sur le papier et cela a donné le chapitre I de La Profondeur. Après, tout est venu très vite, sans difficulté : c’était comme si le livre s’écrivait de lui-même. Il ne s’est d’ailleurs jamais interrompu : il possède une «suite», que je continue de rédiger et qui promet d’être aussi longue que ce premier volume ».

Résumé

L’écrivain Pascal Boulanger a présenté L’Europe et la profondeur en ces termes : « Pierre Le Coz montre comment dans la peinture (Carpaccio, Vermeer, Greco, Rembrandt, Cézanne…), chez les écrivains (Hölderlin, Shakespeare, Rimbaud, Kafka, Joyce, Proust, Céline…) et parmi les penseurs questionnant notre modernité (Guy Debord, Jean-Claude Michéa…), le christianisme a pu ouvrir la profondeur, c’est-à-dire le gouffre sous-jacent au couple Terre et Ciel. Ce que l’auteur nomme la perspective métaphysique (celle qui a été inventée par le Quattrocento) accueille le séjour du Christ tout en intégrant son retrait, comme si la mort de Dieu était le moment nécessaire, à travers les arts, à son déploiement. L’espace demeure sacré et en même temps il est une mise en scène d’un retrait du sacré. C’est le Dieu lui-même qui s’enfuit dans le schéma perspectif et qui fait place à l’homme profane ».

Analyse

Ce vaste essai se présente, selon, comme un «roman philosophico-théologique», ou un «manuel de survie au temps du nihilisme achevé», voire comme rien de moins qu’une «nouvelle aventure du sens». Pierre Le Coz y renoue avec la tradition du « grand récit » – qu’il oppose aux « petits traités » dont nous inonde l’actuelle production intellectuelle – ; « grand récit » qui, en le mouvement d’une enquête quasi-policière à travers la peinture et la littérature, la philosophie et la théologie, l’histoire et la géographie, propose à son lecteur de revenir à la source du destin de l’Occident.

Celui-ci est pensé à partir de l’événement historial du départ du Christ et de la détresse en laquelle il a plongé l’homme européen ; cette détresse induisant notamment les catégories nouvelles d’espace et de temps qui régissent aujourd’hui notre monde (dit) « globalisé ». La «pensée la plus profonde» de l’ouvrage est que le christianisme agit dans l’histoire à la manière d’un nihilisme, ce qu’avait en son temps bien vu Nietzsche, mais sans aller tout au bout de cette pensée, c’est-à-dire sans aller jusqu’au retournement de l’Apocalypse.

Ce nihilisme est un destin, et c’est pourquoi toutes les tentatives politico-historiques pour l’enrayer – en le mode d’un mouvement illustrant toujours peu ou prou celui d’un kitsch historial – ont conduit ou conduiront à des catastrophes. En ce sens, le commandement le plus absolu, et peut-être le seul, du christianisme est le Noli me tangere signifié à Marie-Madeleine par le Christ ressuscité, et qui exhorte l’individu à ne pas retenir le divin quittant le monde, mais au contraire à s’engager «sans frémir» dans la «profondeur sans étoiles» qu’ouvre ce départ.

C’est le non-respect de ce commandement qui, à l’aube des «temps modernes», a notamment conduit l’Occident à donner naissance au techno-capitalisme, «système» sous lequel nous vivons encore et à l’origine duquel Pierre Le Coz pointe une «apostasie très particulière du christianisme» : non tant en mode «religieux» que véritablement ontologique – ce techno-capitalisme et son développement irrésistible et planétaire n’étant rien d’autre que les effets de l’envoi d’une contre-«guise de l’être» par laquelle l’Europe, tout en ne pouvant faire autrement que d’accepter l’engagement dans la Profondeur voulu par le Dieu, a cherché, pour parer à l’«infiniment risqué» de cet enfoncement, à s’en pré-munir par cette guise même : celle de la calculabilité de tout l’étant – qui a donné naissance à la science moderne et à sa conception (elle aussi «très particulière») du «réel» – et, conjointement, celle de la «mise en stock» de la totalité de ce même étant – qui, elle, a engendré l’économie de type capitaliste – ; tous noms nouveaux de l’être élaborés pour s’opposer en ce mode peu ou prou anti-théologique – d’où l’expression de «contre-guise de l’être» – à celui inauguré/«destiné» par le Sacrifice du Christ.