De la saisie généralisée des armes à feu en France

 

Note de Suavelos : L’auteur de cet article est un fin connaisseur du sujet des armes à feu. Il est aussi membre de Suavelos. Nous le remercions pour son article remarquable.

La question importante que se pose l’auteur est celle-ci :

S’il en prenait la décision, l’Etat français aurait t-il les moyens humains pour saisir les armes à feu des citoyens ?

Auteur : Maltheüs Altheüs.

Il y a quelques semaines, une fausse circulaire concernant la confiscation des armes à feu a semé le doute dans le monde des possesseurs d’armes. Cette circulaire ordonnerait la saisie des armes sur tout le territoire en raison d’une situation dite insurrectionnelle. Source : armes-ufa.com.

Nous avons pu observer plusieurs réactions allant de « on y est, c’est la guerre » à « allons, ça ne sera jamais possible de toute façon ». Vrais ou faux, il est toujours intéressant d’observer l’effet produit par ce genre d’annonce.

Je vais vous faire part de mon point de vue sur la question.

Je ne vous apprends rien si je vous dis que des dispositions « légales » existent bel et bien pour donner naissance à un tel décret et que la saisie généralisée est bel est bien une option à disposition du gouvernement : Source : Légifrance.

Par contre, nombre d’entre vous, se basant probablement sur les commentaires YouTube ou les avis donnés par des blogueurs connus, me rétorqueront que l’Etat n’a pas les moyens de saisir les armes des français, et ne les aura jamais.

Je vous répondrais que c’est vous qui n’avez pas saisi les mécanismes d’une confiscation et qui pêchez par optimisme.

En effet, dans l’urgence absolue, l’Etat n’a sans doute pas les moyens d’envoyer frapper aux portes de chaque français concerné au moins deux agents en mesure d’identifier, de saisir, de transporter de façon sécurisée et de stocker une ou plusieurs armes et munitions. En revanche, l’Etat peut très bien, en tout premier lieu et dans une urgence toute relative, cibler précisément une catégorie plutôt qu’une autre.

On estime à environ 15-20 millions (tout confondu) le nombre d’armes à feu détenues par les français. La plupart des ces armes sont de vieilles pétoires hors d’état, des armes de foire, des armes antiques, des armes de la Première ou Deuxième Guerre Mondiale restées cachées. L’Etat s’en désintéresse partiellement car la plupart de leurs propriétaires ne sont pas en mesure de les faire fonctionner et surtout, elles représentent un potentiel de saisie à même de justifier ses futures décisions de confiscation. On peut estimer à trois millions, maximum, le nombre de chasseurs/anciens chasseurs détenteurs d’armes de catégorie C avec munitions (traditionnellement conservées en faible nombre).

On compte en ce début d’année environ 212 000 licenciés de tir parmi lesquels une minorité est détentrice d’armes de catégorie B. Si l’Etat le décide, il peut très bien allouer la majeure partie de ses effectifs de police à la saisie prioritaire d’armes de détenteurs de catégorie B en faisant totalement l’impasse sur la sécurité des citoyens. Le reste de ses forces serait concentré sur les sites « sensibles » (centrales nucléaires, banques…) et sur la protection des hauts-fonctionnaires et de leurs locaux.

Quand l’Elysée mobilise 80 000 membres des Forces de “l’Ordre” contre les Gilets Jaunes, il peut le faire contre 200 000 tireurs sportifs. Pour moi, nul doute que l’Etat préfère assurer sa sécurité plutôt que la notre, et qu’il y consacrerait l’essentiel de ses moyens durant un court laps de temps si cela lui assurait en partie sa pérennité tyrannique. Etant donné la guerre qu’il nous mène sur tous les plans, la priorité serait donnée au désarmement de la frange de la population qu’il redoute le plus, à savoir les personnes sans casier, de classe moyenne, laborieuses, détentrices d’armes équivalentes à celles de ses fonctionnaires “garants de l’Ordre Républicain”.

Sans parler d’une situation d’urgence absolue, n’oubliez jamais que l’Etat observe sa population et anticipe ses réactions, il y consacre d’ailleurs d’énormes moyens. Il ne se fera pas prendre de court par une révolte ou un «effondrement ». Bien avant un éventuel point de rupture, une directive mûrement étudiée sera émise pour enjoindre les français fichés comme détenteurs à se séparer «temporairement» de leurs armes. Le délai sera suffisant pour obtenir les résultats souhaités : celui d’une collaboration massive des concernés, terrifiés par les représailles d’un Etat jamais à cours de mesures punitives.

En l’espace de deux semaines, l’immense majorité des tireurs n’osera pas désobéir aux injonctions. Ces derniers ont un compte bancaire, un travail, une famille. En cas de crise, aucun ne voudra se trouver sous le coup d’une procédure judiciaire ou dans une cellule, loin de son foyer. Aucun ne voudra être ruiné par une amende ou une saisie de biens qui le mettrait en position de faiblesse extrême au pire moment. Au terme d’une longue rumination, le propriétaire d’arme excédé se dira quelque chose comme « oh et puis merde, je leur laisse mes armes, mais qu’ils aillent se faire foutre, c’est la dernière fois que j’obéis, je les aurais à la prochaine ». Puis il ira reconquérir sa fierté perdue sur un forum ou des réseaux sociaux, clamant à qui voudra l’entendre qu’il est désormais un citoyen dissident qui fera tout pour “baiser l’Etat”. Le résultat sera le même : il sera baisé par l’Etat et n’aura jamais la moindre chance de renvoyer l’ascenseur.

Plus que cela, étant tous d’honnêtes citoyens, la plupart ne supporterait pas la pression subie par une enquête portant sur un prétendu vol ou perte d’arme et finirait par se trahir. Les personnes qui elles, refuseront de se soumettre et auront le courage d’ignorer les ordres ou de faire de fausses déclarations en tenant jusqu’au bout, seront en extrême minorité. Certains se feront pincer et serviront d’exemple, d’autres non, mais tous seront sous pression et subiront des perquisitions et des convocations à la chaîne. Tous, devrons se méfier de la plupart des « citoyens » qui approuveront ces mesures, que ça soit par réelle adhésion à l’idéologie anti-arme inculquée aux masses, ou par simple lâcheté/opportunisme. La délation sera monnaie courante, même au sein d’une famille inquiète. L’épouse hoplophobe (qui a peur des armes) dénoncera finalement son entêté de mari, pensant éviter des ennuis judiciaires à sa famille qu’elle souhaite garder unie, dans l’idée fausse que la faute avouée sera à moitié pardonnée par les autorités…

Les Forces de l’Ordre continueront à travailler pour la main qui les nourrit, tant qu’elle les nourrit, et quels que soient les ordres reçus. Beaucoup d’entre elles; ayant déjà du mal à vivre avec l’idée qu’elles seules n’ont pas le monopole de l’accès à l’arme à feu; s’en donneront à cœur-joie pour pousser les dessaisissements jusqu’au bout, nuisant aux simples mortels que sont les non-flics…

Dans tous les cas, l’Etat aura atteint son objectif à 95%, régler les 5% de cas restants ne sera plus que futilité.

Si dessaisissement général il y a , il ne fonctionnera pas parce que vingt millions de fonctionnaires viendront frapper à nos portes du jour au lendemain, mais parce que nous obéirons massivement aux injonctions écrites en provenance des préfectures. Nous sommes habitués à râler beaucoup et à nous soumettre promptement sous l’effet de la peur du gendarme et du juge. Nous sommes habitués à respecter l’autorité, à ne pas faire de vague, à protéger le peu que l’on croit encore avoir, le peu que l’on croit aussi -à tors- devoir à l’Etat-nounou.

Quel que soit mon avis sur la question, le désarmement général et brutal n’est pas la stratégie appliquée actuellement par le gouvernement. C’est une stratégie de désarmement lente qui est en cours, une stratégie mondiale, elle est extrêmement efficace et atteindra son stade final d’ici une petite dizaine d’année si rien ne change. La principale confiscation qui est à l’œuvre depuis des décennies est une confiscation passive. Si les Français sont peu équipés d’armes de catégorie B, c’est parce qu’ils se les confisquent eux-même en refusant d’affronter une législation dissuasive. Si la législation est dissuasive, c’est parce qu’il n’y a pas assez de propriétaires d’armes de catégorie B pour défendre nos droits de citoyen (comme le puissant lobby de la NRA aux Etats-Unis). Ce sont les Français qui laissent le champ libre à l’État pour les voler.

On pourra me rétorquer que le gouvernement perdra au change s’il continue d’interdire l’armement aux citoyens, développant ainsi le marché noir. Je vous répondrais plus tard que vous faites erreur, et qu’il a au contraire tout à y gagner dans la stratégie qui est la sienne.

 

Auteur : Maltheüs Altheüs.