La Ferme des Animaux et le mythe d’un communisme heureux perverti

 

En 1945, Georges Orwell publie La Ferme des Animaux. Revenir sur ce livre n’est pas inintéressant, dans la mesure où il reste encore aujourd’hui la quintessence de l’argumentaire moderne du communisme qui n’aurait jamais été appliqué, et ce malgré les dizaines de tentatives et les centaines de millions de morts.

Que raconte donc ce livre ? Il s’agit d’une allégorie de la révolution communiste qui se déroule dans une ferme opposant la classe sociale des animaux à  la classe sociale des humains. Dans cette dystopie, les animaux se rebellent contre leur propriétaire humain sous l’impulsion des cochons de la ferme. Les animaux décident d’instaurer le communisme et si la situation est d’abord idyllique, elle tournera peu à peu au cauchemar. Dans ce texte, trois personnages sont centraux. Ils partagent tous les trois la particularité d’être des porcins.

Sage, représentant Karl Marx et Lénine. Il est le doyen de la ferme, le plus avisé et sage. C’est lui qui donnera aux animaux de précieux conseils pour instaurer le socialisme jusqu’à sa mort. Boule de Neige, représentant Trotsky. Il est ingénieux et gentil, jamais à court d’idées pour améliorer constamment la ferme et faciliter la vie de ses camarades. César, représentant Staline. Il est manipulateur, cruel, paresseux, avide. Il n’a aucune conviction dans la révolution communiste et seul son propre confort l’intéresse. Le roman peut se diviser en deux parties.

La Ferme des Animaux, roman de Georges Orwell publié en 1945

Dans la première partie, la révolution animalière d’Octobre se déroule sans violence autre qu’envers les propriétaires humains. La ferme passe sous le contrôle de Sage et de Boule de Neige. Ils sont pleins de bonnes intentions, leur conviction dans le communisme est pure. La ferme est prospère et les animaux sont pleinement heureux. L’égalité stricte entre les individus règne.

Dans la seconde partie, Sage meurt et Boule de Neige est victime d’un complot de la part de César. Le cochon diabolique à l’image de Staline prend alors le contrôle de la ferme et commence à dicter une loi tyrannique sans la moindre pitié. Les animaux se démoralisent, ne travaillent plus que le strict minimum. La politique de César devient de plus en plus favorable aux porcs au point que ceux-ci finissent par se comporter comme des hommes, en habitant dans la masure des anciens propriétaires et en spoliant toutes les productions de la ferme. La ferme tombe rapidement alors dans la misère noire au point que le retour des propriétaires humains devient souhaitable.

La Ferme des Animaux présente une version de l’histoire biaisée où le communisme serait la doctrine idéale, mais que son application aurait été pervertie par des hommes cupides sans conviction. Le complot, la trahison et la dérive idéologique sont les seuls facteurs explicatifs des désastres provoqués en URSS depuis la révolution d’Octobre en 1917. Tout comme l’islam est toujours dévoyé et n’est jamais le véritable islam, le communisme est la victime de complots d’individus malveillants. Il n’est, soi-disant, jamais le véritable communisme.

Georges Orwell n’était pourtant pas naïf envers les communistes. Il fut contre leur camp de 1936 jusqu’en 1937 dans la guerre d’Espagne en rejoignant les milices anarchistes du POUM. Mais à cette époque, sa capacité d’autocritique sur les mouvements de gauche s’arrêtait aux portes de son idéologie. Lucide sur les communistes, mais jamais sur le communisme.

Or le communisme tel qu’il s’est révélé dans toute son horreur n’était pas autre chose que le communisme. Nul complot. Nul individu cupide. Nulle conspiration contre sa doctrine pure et étincelante. Le communisme fut une doctrine de mort aussitôt qu’il fut couché sur papier. En 1973, Alexandre Soljenitsyne publiera l’Archipel du Goulag, qui sera la réponse cinglante à cet aveuglement funeste.

La Ferme des Animaux restera une mauvaise analyse sur laquelle Orwell reviendra en grande partie. Il publiera 4 ans plus tard 1984, un chef d’œuvre indépassable sur le totalitarisme communiste.

 

La Ferme des Animaux contre L’Archipel du Goulag

 

Qui est Alexandre Soljenitsyne ? Un écrivain russe, un monstre de l’Histoire et de la littérature. Le communisme, il le connaît. Il a failli en mourir de froid. En 1945, pendant que Georges Orwell publiait La Ferme des Animaux, Alexandre Soljenitsyne, alors soldat, était condamné à 8 ans de Goulag. Lorsqu’il en sort, il commence à rassembler des preuves et des documents pour rédiger l’Archipel du Goulag.

Qu’est-ce que l’Archipel du Goulag ? Un monument de l’Histoire. C’est le livre le plus important de ces deux derniers siècles. Un travail herculéen de documentation sur la réalité du communisme. Écrit dans la clandestinité de 1958 à 1967. Jamais le livre ne sera présent en entier à un seul endroit. Il réunit dans un seul livre et sous la plume experte de Soljenitsyne le nombre colossal de 228 témoignages de prisonniers, dont celui de l’auteur. Les feuilles seront éparpillées et cachées chez des personnes de confiance pendant de longues années. C’est seulement en 1973 que le livre sera publié et que l’horreur du communisme sera révélée à la face du monde. Il sera un coup très rude porté aux derniers idiots utiles qui n’avaient rien voulu voir. Il fera tomber le masque des derniers criminels idéologues, convaincus que l’extermination massive de leur propre peuple est une bonne chose si elle sert une cause juste.

Cet ensemble de trois tomes d’un volume considérable révèle alors tout : les conditions de vie au Goulag, l’inefficacité totale du système collectiviste, la paranoïa hystérique des partisans communistes, la police de la pensée, le processus d’arrestations totalement  arbitraires et aléatoires, le parallèle entre le système répressif communiste et tsariste. Tout le système soviétique y est décrit avec une précision qui donne le vertige. Mais il révèle également quelque chose de plus important encore : les crimes massifs du communisme dès son instauration en 1917.

Dans l’Archipel du Goulag, il n’y a ni Sage, ni Boule de Neige, ni César. Les crimes de masse ne sont pas des erreurs de parcours. Les fonctionnaires au service du Parti sont innombrables et ne servent rien d’autre que la révolution socialiste. Leur endoctrinement est chimiquement pur. Leurs crimes sont parfaitement intentionnés et sont l’application la plus stricte de la merveilleuse doctrine communiste.

Dans la réalité, les bolchéviques ont instauré les goulags et se sont montrés d’une brutalité incroyable dès le départ. Il n’y a pas eu de dégénérescence progressive, ni de “perte des idéaux”. Les goulags communistes furent ouverts dès 1917, soit 15 ans avant les camps de concentration nazis, et soit quelques mois après la révolution d’Octobre.

 

Photo d’Alexandre Soljenitsyne prise sur ses années de détention au Goulag

 

Les débuts criminels du communisme

 

Qu’est-ce qu’un goulag ? C’est un train qui circule dans les étendues glacées de la Russie. Il est chargé de corps vivants entassés sur un wagon. Ils sont recouverts d’une bâche. Non pas pour protéger du froid et du vent, mais pour ne pas montrer ce convoi d’horreur à des témoins inopinés.

Ces trains sont chargés d’innocents dans les gares des centres-villes, juste derrière des palissades en bois. Les gens vaquent à leur affaires mais ils ne savent pas que d’un instant à l’autre, ils peuvent se retrouver derrière la palissade sans aucune raison. Parce qu’un camarade les aura dénoncés. Parce qu’un inconnu aura donné leurs noms qu’il connaissait à peine sous la torture. Parce qu’ils auront dit du bien, un jour, d’une personne qui aura été « jugée » comme un traître à la révolution.

Ce train va s’arrêter à un moment de son parcours sur une étendue vide de neige et de glace. Quelques arbres parsèment cette désolation. Le conducteur du train descend et plante un panneau. Bienvenue, vous êtes arrivés au Goulag. Un programme d’extermination par le travail dans les conditions les plus difficiles de la planète. Et vous serez les pionniers dans sa construction.

Bien sûr, le collectivisme démontra très rapidement sa faculté légendaire à transformer en un temps record une économie fleurissante en catastrophe humanitaire. L’économie centralisée et dirigée à partir de Moscou prenait des décisions absurdes. Mais ce fait ne pouvait pas être accepté. Jamais le communisme ne pourrait être la cause de tous ces désastres. Il est si parfait ! Les résultats catastrophiques sur la production ne pouvaient être que le fait d’une conspiration bourgeoise envers la révolution bolchevique. Les prisons russes vides sous le temps du Tsar devinrent très rapidement surpeuplées. On y dort alors les uns au-dessus des autres.

Tout va mal. Les traîtres sont partout et l’urgence est de les débusquer. Lorsqu’un ingénieur alerte qu’un convoi de train était trop chargé pour que les rails puissent supporter son poids, il est déporté. Manque de conviction dans le grand plan du bureau central ! Lorsque l’ingénieur suivant fait dérailler le train trop chargé, il est déporté. Trahison et sabotage ! Les ingénieurs furent décimés sur ce modus operandi. Vous vous promenez dans la rue, un passant vous tape sur l’épaule. Vous êtes arrêté. Vous êtes chez votre fleuriste, son apprenti vous tend le bouquet. Vous êtes arrêté. Vous prenez un taxi, la portière se ferme et le conducteur se tourne. Vous êtes arrêté.

Les interrogatoires sont sans fin et se classent parmi les plus imaginatifs du monde. Interrogatrice qui se dénude, enfermement dans une caisse remplie de punaises vous vidant de votre sang, séquestration dans une pièce trop petite que vous puissiez rester debout et dont le sol est immergé d’une eau glaciale. Tout est bon. Au bout de votre séjour, soyez sur que vous donnerez votre aveu de trahison, ainsi que le nom de quarante de vos complices. Après tout, les interrogateurs n’ont-ils pas eux aussi des objectifs chiffrés ?

La folie idéologique ne s’arrête pas aux bureaucrates et membres du Parti et il est difficile de simplement imaginer la folie incarnée qu’était ce système. Soljenitsyne lui-même témoigne que les détenus dans les Goulags percevaient tous les autres prisonniers comme des traîtres méritant une telle peine. Ils considéraient, alors même qu’ils étaient en train de mourir de faim et de froid entourés d’autres innocents, qu’eux-seuls étaient victimes d’une erreur judiciaire et que le communisme ne pouvait pas conduire à de tels excès.

Il ne s’agit pas là d’histoires sporadiques et rocambolesques. Il s’agit de la réalité du quotidien des russes sous l’idéologie communiste, décrite et détaillée par les déportés eux-mêmes.

Photo prise sur le site d’un Goulag pendant les travaux forcés des détenus

Aussi, les premiers pas du communisme ne se résument pas aux déportations de masse. En 1921 a lieu la révolte de Kronstadt. Les insurgés (ouvriers, soldats et marins) revendiquent la démocratie ouvrière et paysanne et critiquent la dictature des commissaires bolcheviques. Ils sont massacrés par les bolcheviques. Trotsky, alias Boule de Neige le gentil ingénieur, n’y va pas de main morte. Il demande à ce que l’on mobilise l’armée pour tirer sur les insurgés. Toute demande de négociation sera rejetée par le pouvoir communiste. Il n’y a pas la moindre pitié à avoir, ils sont les ennemis de la révolution et du prolétariat. Trotsky les accuse d’être de la racaille et de vivre du marché noir. Les marins de Kronstadt étaient pourtant un des plus gros soutiens de la révolution d’Octobre. Mais ça, c’était avant.

Marins de Kronstadt en été 1917, brandissant un drapeau clamant « Mort aux Bourgeois ».

Le communisme dans ses textes légitime totalement le communisme dans ses actes

 

Nous arrivons enfin au cœur du sujet. Marx, Lénine, Trotsky étaient aussi coupables que Staline. Boule de Neige et Sage étaient des assassins. Mais pourquoi tant de haine et de violence ? La triste vérité est qu’ils ne le faisaient par goût du sang. Pas le moins du monde. Ils le faisaient parce que c’était précieusement ce que leur doctrine leur disait de faire.

Non seulement Karl Marx et Engels théorise la centralisation et la collectivisation des moyens de production qui engendreront la destruction de l’économie russe, mais il ne s’arrête pas en si bon chemin. Marx et Engels insistent clairement dès 1850 sur le fait qu’une dictature du prolétariat est nécessaire pour abolir les classes sociales et reconfigurer le peuple [i] [ii] [iii] [iv]. Lénine leur emboîte le pas dès 1917 [v] [vi]. En 1918, la constitution de la Russie révolutionnaire (future URSS) se revendique comme étant une application pratique de la dictature du prolétariat.

Pourquoi faut-il le reconfigurer ? Parce qu’il faut le rendre apte à vivre dans le communisme. Le débarrasser de son égoïsme, de son réflexe de classe, de son endoctrinement bourgeois. Il faut un homme, ou bien une assemblée restreinte d’hommes, représentant l’intérêt du peuple. Staline était l’incarnation du peuple et de la démocratie, le « petit père des peuples ». L’URSS se présentait comme la championne de la démocratie face aux USA champions de la liberté. Lorsque Staline possède le pouvoir, le peuple possède le pouvoir. Lorsque Staline massacre le peuple, le peuple massacre le peuple. Il sait ce qui est bon pour le peuple. Et surtout, il sait ce que le peuple doit devenir pour son propre bien.

Ce principe de dictature du prolétariat, écrit noir sur blanc, est non seulement la preuve de l’enracinement des crimes à venir dans les textes originels, mais il est aussi la preuve que les concepteurs du communisme faisaient eux-mêmes le constat d’une inadéquation totale entre l’Homme et leur idéologie.

Le communisme est de ces idéologies qui, plutôt que d’accepter cette inadéquation, plonge corps et âme dans l’idée qu’il faut réprimer l’humain jusqu’à ce qu’il rentre dans le nouveau moule qu’on lui impose. Après tout, l’Homme n’a rien d’inné, seulement de l’acquis. Ne pouvons-nous pas le transformer tel que nous le désirons ? Un Homme nouveau est nécessaire. Répression, interdiction de la liberté d’expression, camp de rééducation, propagande permanente, endoctrinement de la jeunesse, incitation à la délation des mal-pensants. Tout le reste en découle naturellement.  Tout cela ne vous dit rien ? L’idée principale du socialisme et du communisme par extension est qu’il faut rééduquer la population et construire un Homme nouveau qui serait à l’opposé de l’Homme présent.

Bien sûr, la dictature du prolétariat ne cesse jamais une fois instaurée. Et bien entendu, cela ne fonctionne pas. Les hommes ne sont que des hommes, ils ne sont jamais assez « parfaits » pour l’idéologie. Et lorsque l’idéologie échoue et que la seule réponse devient plus d’idéologie, il ne reste très vite plus que la misère et les crimes toujours plus innombrables[vii].

 

Communisme et Jacobinisme, deux totalitarismes contre le peuple au nom du peuple

 

Le communisme n’est pas apparu ex nihilo, et appartient à une très longue filiation idéologique. Il hérite d’abord directement du Jacobinisme[viii]. Le Jacobinisme n’est pas une doctrine ordinaire. Déjà coupable des deux Terreurs de 1792 et 1794, prônant l’égalisation, la convergence et l’autoritarisme par la centralisation et la bureaucratie. La doctrine est séduisante car elle correspond à la réalité sociale du socialisme.

Si le capitalisme est construit par les bourgeois à l’attention des bourgeois, la nature du socialisme et du Jacobinisme sont bien différentes. Ces deux idéologies ont été forgées à l’intérieur d’un courant bourgeois à l’attention du peuple. Karl Marx, lui-même issu de bourgeoisie, rédigera Das Kapital en 1867 comme un guide vulgarisateur des mécanismes du capitalisme à l’attention des ouvriers exploités. Le principe est simple : le peuple est hébété, seuls nous, fils de bourgeois, pouvons l’affranchir de la bourgeoisie.

C’est à cet endroit précis que tout se joue. Cette distinction entre la doctrine au service du peuple et la doctrine au service d’elle-même est fondamentale à comprendre. La doctrine communiste ne part plus du principe qu’il existe un peuple, une histoire, une culture. Elle ne part plus du principe que son rôle est de gouverner au mieux pour que ce peuple soit heureux et prospère. Elle part du principe que le peuple est une variable d’ajustement, comme tout le reste, au service de la doctrine.

Ainsi, le peuple n’est pas l’acteur des changements. Bien au contraire, le peuple est considéré comme une assemblée abêtie qu’il convient d’éveiller, de redéfinir, de transformer.  Avant qu’il ne fût question d’aller « civiliser » les peuples « sauvages », il convenait d’abord de « civiliser » notre propre peuple. L’universalisme est indispensable dans ce type de doctrine. Mais sous le vernis altruiste réside en vérité la volonté de placer l’idéologie au-dessus de l’être humain.

Le Jacobinisme, profondément révolutionnaire, issu de la bourgeoisie et agissant au nom du peuple, en son temps aussi digéra le fait que le peuple n’était pas assez éclairé de sa situation pour qu’il puisse se sauver lui-même. Ainsi au nom du bien du peuple, on commença par massacrer une région entière de France, la Vendée. On pensa aussi à remplacer le culte du peuple, le christianisme, par le culte de l’être suprême, plus en adéquation avec le nouveau régime.

Le Jacobinisme lui-même héritait de doctrines plus anciennes. Déjà Platon dans la République proposait un modèle de société similaire au socialisme, allant jusqu’à considérer que les enfants devaient être arrachés dès leur naissance à leurs parents et être élevés par la cité dans des nurseries. Il écrivait également que la cité idéale se devait d’être dirigée de manière autocratique par un groupe restreint de philosophes éclairés.

La Mort du général Moulin, 8 février 1794, Jules BENOIT-LEVY – A l’automne 1793, la Terreur épure la France de ses ennemis intérieurs, et frappe les insurrections royalistes. Mais elle ne se contente pas de réprimer la révolte; c’est une éradication complète de la population royaliste qu’elle planifie. En janvier 1794, le général Turreau prend la tête de l’expédition destinée à « détruire la Vendée ». Ses troupes se divisent en « colonnes infernales » qui massacrent la population et incendient les habitations sur leur passage.

 

1984 ou la source du totalitarisme de gauche, la réponse d’Orwell à Orwell

 

En définitif, cette dimension d’oppression du peuple n’a pas échappé à Georges Orwell. Il publie en 1949 le livre 1984, quatre ans après la Ferme des Animaux. 1984, à bien des égards, est une critique extrêmement violente du totalitarisme socialiste. La société peinte dans ce livre a pour cœur et essence cette volonté de reconfiguration des peuples.

Le personnage principal de Winston est un membre du Parti de Big Brother. Il est plongé dans un univers où la réalité n’existe plus que par la volonté du Parti. Les individus sont construits pour pratiquer la double-pensée, l’arrêt de la pensée et la novlangue. Ces outils ne sont pas uniquement conçus pour que les individus ne puissent plus penser de choses politiquement incorrectes. Ces outils sont construits pour pouvoir changer constamment la perception du monde réel du peuple selon ce que le Parti ordonne de croire[ix].

Dans la chambre 101, Winston découvre sous la torture la réalité de ce système : si le parti décide que 2 + 2 est égal à 5, c’est toute la société qui comme un seul homme décide unilatéralement que 2 + 2 est égal à 5, que 2 + 2 a toujours été égal à 5 et que 2 + 2 sera toujours égal à 5. Tous ceux déclarant que 2 + 2 est égal à 5 deviennent des menaces, quand bien même cela fut la réalité officielle quelques minutes auparavant.

Nous voilà enfin à la racine du mal : pourquoi diable le Parti désire tant que 2 + 2 soit égal à 5 ? Cela ne semble avoir aucun sens pour Winston ! C’est là que toute l’horreur du système se dévoile.

Le Parti désire que 2 + 2 soit égal à 5 pour la simple et unique raison qu’il trouve la justification profonde de son idéologie en oppressant le peuple. Si le Parti peut changer ce que pense une population entière en une fraction de seconde, alors il tient la preuve irréfutable que l’humain peut être changé et remodelé à volonté. Le peuple devient le jouet de l’idéologie qui ne se préoccupe plus de rien sinon de prouver que ses dogmes sont vrais. Si l’Homme possède une essence et possède une résistance aux traitements que lui inflige le Parti, alors la doctrine du Parti est fausse et tout peut s’écrouler. C’est cette ivresse, cette volonté de toute puissance de l’idéologie sur le peuple, qui est au cœur du communisme. Les bonnes intentions présentées jusqu’alors ne se révèlent être qu’une vitrine mensongère. La seule raison de toute cette mascarade n’est que de justifier le solipsisme idéologique du Parti[x] [xi].

Le film Matrix sorti en 1999 présente un exemple concret de solipsisme. La réalité n’existe pas. Ce que les héros peuvent percevoir n’est que l’émanation d’une simulation informatique, qui varie en fonction des désirs des administrateurs du programme.

 

Parallèles avec le socialisme moderne et définition d’un progressisme de droite

 

Le communisme se présentait originellement comme un progressisme et était muni d’une véritable intention de faire progresser l’humanité. Le constat d’échec s’impose aujourd’hui. Même sa forme douce, sous le nom de social-démocratie, prend aujourd’hui le même chemin que ses aînés. Le Grand remplacement que nous observons aujourd’hui est aussi la conséquence de cette filiation idéologique.

Nous sommes aujourd’hui dans un système désirant tant améliorer l’homme qu’il en vient à le nier et vouloir même sa destruction. De fait, dans le socialisme, les peuples et les histoires n’ont plus aucune importance car tous doivent être transformés et redéfinis à l’image de la doctrine. L’immigrationnisme de la gauche n’est pas un altruisme. Il est une composante d’un projet criminel plus global.

Pourtant, nous devons continuer de progresser, d’assurer la continuité du progrès technique, de proposer de meilleures conditions de vie à notre peuple, de continuer d’évoluer dans un monde de plus en plus concurrentiel. Choisir la stagnation serait l’assurance de notre future colonisation par des civilisations concurrentes qui avancent aujourd’hui à grand pas, comme celle chinoise.

Cependant, nul progressisme ne devrait à un quelconque moment s’opposer au peuple. Aussi, nulle mesure ne devrait pouvoir se réclamer progressiste si elle aboutit à des catastrophes telles que la chute dramatique du taux de fécondité des femmes, l’effondrement du niveau de langue de notre jeunesse, la submersion migratoire de nos pays. Ainsi, nous pourrions à ce stade de notre analyse tenter de définir deux sortes de progressismes diamétralement opposés.

Le premier progressisme est porté naturellement par le capitalisme et possède comme moteur le progrès technique. Il repose sur une nation d’ingénieurs, de scientifiques, d’entrepreneurs, de financiers et d’administrateurs capables de déployer des infrastructures. L’idée de ce progressisme est que toute avancée dans la société est soutenue par une avancée technique préalable. Les innovations scientifiques et ingénieuriques deviennent alors primordiales. Invention de la machine à laver, du lave-vaisselle, d’internet, de l’informatique, de la voiture, de l’avion. Toutes ces inventions ont eu des impacts significatifs sur le droit des femmes, sur le partage de la connaissance, sur la façon dont nous envisageons les collaborations entre les peuples. Nous le nommerons « progressisme technique ».

Le second progressisme, est porté naturellement par le socialisme et possède comme moteur la reconfiguration du peuple. Il repose sur une nation de sociologues, d’idéologues et d’administrateurs capables de mettre en place des structures de rééducation massives. L’idée de ce progressisme est que la rééducation du peuple permet de corriger des données sociologiques que le pouvoir juge insatisfaisantes. Il ne s’agit plus alors de puiser dans la nature humaine et de surmonter les obstacles par l’innovation technique ou l’investissement capitalistique, mais d’évacuer cette nature par l’altération psychique de l’humain. Nous le nommerons alors « progressisme d’altération ».

C’est uniquement à partir de l’instant où cette distinction aura été faite que la nature du socialisme devient claire. Le socialisme est dangereux car sa doctrine économique est inefficace, certes. Mais il est doublement plus dangereux par le fait qu’il est un progressisme d’altération.

Lorsque le peuple se met entre les mains d’une idéologie telle que le socialisme, il est destiné à passer sur la table d’opération, livré aux mains d’idéologues fous qui mutilent et transforment son corps selon les caprices idéologiques du moment.

Une telle idéologie peut être défaite facilement. Face à la volonté de toute puissance de Big Brother sur le peuple, il suffit de refuser de se laisser altérer et de montrer que malgré toutes ses tentatives, le peuple reste intact et fier de ce qu’il est. Être fier d’être un occidental et être fier des accomplissements de la civilisation occidentale est aujourd’hui un impératif vital. Il ne tient qu’à nous de renverser le discours de harcèlement et de culpabilisation permanente par lequel la gauche souhaite nous soumettre.

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[i] « Ce que j’ai apporté de nouveau, c’est: démontrer que l’existence des classes n’est liée qu’à des phases historiques déterminées du développement de la production ; que la lutte des classes mène nécessairement à la dictature du prolétariat ; que cette dictature elle-même ne représente qu’une transition vers l’abolition de toutes les classes et vers une société sans classes. », K. Marx, Lettre à J. Weydemeyer, 5 mars 1852

[ii] « Entre la société capitaliste et la société communiste, se place la période de transformation révolutionnaire de celle-là en celle-ci. À quoi correspond une période de transition politique où l’État ne saurait être autre chose que la dictature révolutionnaire du prolétariat. » K. Marx, 1875, Critique du programme de Gotha, IVe partie

[iii] « Mais, avant de réaliser un changement socialiste, il faut une dictature du prolétariat, dont une condition première est l’armée prolétarienne. Les classes ouvrières devront conquérir sur le champ de bataille le droit à leur propre émancipation. La tâche de l’Internationale est d’organiser et de coordonner les forces ouvrières dans le combat qui les attend. » K. Marx, Discours de commémoration du septième anniversaire de l’Association internationale des travailleurs, le 25 septembre 1871 à Londres

[iv] « Pour nous, le communisme n’est pas un état de choses qu’il convient d’établir, un idéal auquel la réalité devra se conformer. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l’état actuel des choses. Les conditions de ce mouvement résultent des données préalables telles qu’elles existent actuellement. », L’Idéologie allemande, 1845, Karl Marx et Friedrich Engels

[v] « Or, la dictature du prolétariat, c’est-à-dire l’organisation de l’avant-garde des opprimés en classe dominante pour mater les oppresseurs, ne peut se borner à un simple élargissement de la démocratie. En même temps qu’un élargissement considérable de la démocratie, devenue pour la première fois démocratie pour les pauvres, démocratie pour le peuple et non pour les riches, la dictature du prolétariat apporte une série de restrictions à la liberté pour les oppresseurs, les exploiteurs, les capitalistes. Ceux-là, nous devons les mater afin de libérer l’humanité de l’esclavage salarié ; il faut briser leur résistance par la force ; et il est évident que, là où il y a répression, il y a violence, il n’y a pas de liberté, il n’y a pas de démocratie. […] Démocratie pour l’immense majorité du peuple et répression par la force, c’est-à-dire exclusion de la démocratie pour les exploiteurs, les oppresseurs du peuple ; telle est la modification que subit la démocratie lors de la transition du capitalisme au communisme. », Lénine, L’État et la Révolution, 1917.

[vi] « La dictature du prolétariat, c’est la guerre qui exige le plus d’abnégation, la guerre la plus implacable de la nouvelle classe contre un ennemi plus puissant, contre la bourgeoisie dont le renversement (ne fût-ce que dans un seul pays) a décuplé la résistance et dont la puissance ne réside pas seulement dans la force du capital international, dans la force et la solidité des liens internationaux de la bourgeoisie, mais encore dans la force de l’habitude, dans la force de la petite production. […] Pour toutes ces raisons, la dictature du prolétariat est indispensable… Je le répète, l’expérience de la dictature victorieuse du prolétariat en Russie a montré concrètement à ceux qui ne savent pas penser ou qui n’ont pas eu l’occasion de méditer ce problème qu’une centralisation absolue et la discipline la plus rigoureuse du prolétariat sont une des conditions essentielles de la victoire sur la bourgeoisie. », Lénine, La Maladie infantile du communisme (le « gauchisme »), 1920.

[vii] Nous penserons ici fort à Telford et Rotherham. Emission de Radio Chaton du 6 juin 2018 : Telford, dans le ventre de la bête. (https://www.radiochaton.com/freetommyrobinson-radiochaton-telford-dans-le-ventre-de-la-bete/)

[viii] « Une chose absolument certaine, c’est que notre Parti et la classe ouvrière ne peuvent arriver à la domination que sous la forme de la république démocratique. Cette dernière est même la forme spécifique de la dictature du prolétariat, comme l’a déjà montré la grande Révolution française. », F. Engels, 1891, Critique du programme d’Erfurt

[ix] « Le Parti vous disait de rejeter le témoignage de vos yeux et de vos oreilles. C’était son commandement ultime, et le plus essentiel. Le cœur de Winston défaillit quand il pensa à l’énorme puissance déployée contre lui, à la facilité avec laquelle n’importe quel intellectuel du Parti le vaincrait dans une discussion, aux arguments qu’il serait incapable de comprendre et auxquels il pourrait encore moins répondre. Et cependant, c’était lui qui avait raison ! Ils avaient tort, et il avait raison. Il fallait défendre l’évident, le bêta et le vrai. Les truismes sont vrais, cramponne-toi à cela. Le monde matériel existe, ses lois ne changent pas. Les pierres sont dures, l’eau est humide, et les objets qu’on lâche tombent vers le centre de la terre. Avec le sentiment […] qu’il posait un axiome important, il écrivit : « La liberté, c’est de dire que deux et deux font quatre. Quand cela est accordé, le reste suit», Georges Orwell, 1984

[x] « Quand Winston cherche ce mot, le penseur du parti lui dit : « Le mot que vous cherchez est solipsisme. Je vous avais dit que vous n’étiez pas doué pour la métaphysique ; mais ce n’est pas du solipsisme. Du solipsisme collectif, si vous voulez. », Georges Orwell, 1984

[xi] « Comment savons-nous que deux et deux font quatre ? Où que la force gravitationnelle fonctionne ? Et que le passé est inchangeable ? Si le passé et le monde extérieur n’existent tous deux que dans notre esprit, et que l’esprit peut être contrôlé ? Alors que se passe-t-il ? », Georges Orwell, 1984