Attention, ce texte révèle tout un pan de l’intrigue

 

“Tiré à 320 000 exemplaires, le septième roman de Michel Houellebecq est un produit attendu, abondamment promu par la presse de tous bords. Bénéficiant d’une couverture médiatique incroyable, Sérotonine fait suite au très controversé Soumission, sorti il y a maintenant quatre ans, le 13 janvier 2015, jour des attentats de Charlie Hebdo. Passé du statut de poète méconnu à celui de véritable rock-star, l’auteur semble ne laisser personne de marbre, de Fdesouche aux Inrockuptibles, (qui lui consacrent un nouvel hors-série).

L’intrigue paraît simple : haut-fonctionnaire agricole, Florent, quarante-six ans, est un homme perdu, impuissant, sous anti-dépresseurs. Ayant rompu avec Yuzu, sa compagne japonaise, le narrateur végète dans un obscur hôtel du XIIIème arrondissement, avant de partir à la recherche de son passé, de ses anciens amours et de son unique ami, aristocrate-paysan, gentleman-farmer ruiné par la crise du lait, et révolté. En pleine errance, en pleine déroute, Florent ne parvient pas à retrouver un quelconque sens à son existence, ni à reconquérir le cœur de Camille, la femme de sa vie. Le rythme est lent, servi par un style impeccable, comme si Houellebecq voulait magnifier un territoire malmené, abandonné, célébrer une France rurale en voie de désertification, avec ce lyrisme asséché qui lui est propre, et qui constitue désormais une sorte de marque de fabrique : Ma promenade sur les falaises fut malheureusement un échec. Jamais la lumière pourtant n’avait été si belle, jamais l’air n’avait été aussi frais, revigorant, jamais le vert des prairies n’avait été aussi intense, jamais le miroitement du soleil sur les vaguelettes de l’océan presque étale n’avait été si enchanteur ; jamais non plus, je crois, je n’avais été si malheureux (p. 254).

Roman mélancolique, Sérotonine décevra peut-être les amateurs de sensations fortes, de phrases-choc. Loin des remous provoqués par Plateforme, qui évoque le tourisme sexuel, loin de Soumission, qui décrit un Hexagone totalement islamisé, Sérotonine est avant tout un ouvrage littéraire, et non un écrit politique engagé. Quelques singulières saillies homophobes émergent certes au fil des pages ; chose incongrue, les deux seuls salafistes du livre semblent au fond bien inoffensifs. Aucune réflexion non plus sur les Noirs, comme c’était le cas dans Les Particules élémentaires, parues en 1998. Bien que choquantes, les scènes de sexe sont bien présentes également, mais de façon épisodique, tamisée. La pensée souverainiste de Houellebecq, qui, rappelons-le, s’est opposé au traité de Maastricht en 1992, a voté Chevènement en 2002, apparaît bien à travers sa condamnation du libéralisme, destructeur de la paysannerie. Signalons également, vers la fin du livre, une surprenante anticipation du phénomène « gilets jaunes », alors que le manuscrit a été écrit il y a déjà plusieurs mois. Fondamentalement, toutefois, le propos n’est pas là.

 

Tout au plus pourrons-nous voir dans ce Florent l’archétype de l’Occidental fatigué, du Français nihiliste, sous médicaments et sans illusions. Livre crépusculaire, Sérotonine est un peu un chant du cygne : celui de l’homme blanc. Un être qui ne croit plus ni au Christ, ni au système, ni en l’amour, et qui ne peut se raccrocher à aucune morale, ni d’ordre spirituel, ni d’idéologie politique terrestre.”

 

Contributeur NEMO