• Au mois de juillet, quatre chercheurs de Grenoble vont traverser les Alpes et franchir la frontiĂšre italienne en armures !
  • Ils mĂšneront ainsi une expĂ©rience scientifique pour mesure les efforts fournis par les soldats de l’armĂ©e de 1515, un mois avant qu’ils ne remportent la bataille de Marignan.
  • Un dĂ©fi qui a demandĂ© une sacrĂ©e prĂ©paration.

Mille quenouilles, tremblez fripouilles ! Le 6 juillet, 4 chercheurs de Grenoble, vĂȘtus d’une armure, vont s’élancer de la commune de Maljasset dans les Alpes-de-Haute-Provence afin de traverser les Alpes et franchir la frontiĂšre italienne. Un pĂ©riple de deux jours qui les mĂšnera jusqu’à 2.641 mĂštres d’altitude et au cours duquel ils seront accompagnĂ©s de toute une caravane. Si le projet peut sembler un peu foufou, il entend rĂ©pondre aux besoins d’une Ă©tude scientifique des plus sĂ©rieuses : revivre et mesurer l’effort de l’ArmĂ©e française de 1515 juste avant qu’elle ne remporte la bataille de Marignan.

C’est StĂ©phane Legal, enseignant-chercheur de l’UniversitĂ© de Grenoble-Alpes, historien, qui en a eu l’idĂ©e aprĂšs avoir lu une lettre d’époque de François Ier adressĂ©e Ă  sa mĂšre. Un courrier dans lequel le jeune roi faisait part de ses difficultĂ©s, fortement fĂąchĂ© « de porter le harnois parmi ces montagnes ».

« Aller au-delà des mots et des images »

« C’était un passage Ă©tonnant », raconte l’historien qui a souhaitĂ© « aller au-delĂ  des mots et des images ». « Je dĂ©sirais vĂ©rifier si les cols empruntĂ©s Ă©taient praticables aux chevaux et j’avais envie de vivre les choses pour mieux comprendre ce que les soldats ont pu ressentir Ă  2.000 mĂštres d’altitude dans des tenues totalement inadaptĂ©es pour la montagne, poursuit-il. Si cela n’est pas compliquĂ© pour nous de marcher en montagne, il faut savoir qu’il s’agissait d’un environnement exotique pour eux. C’est un univers totalement inconnu qu’ils dĂ©couvraient ».

A l’époque, François Ier ambitionne de reprendre des territoires italiens, estimant qu’ils lui appartiennent, et embarquent avec lui 40.000 hommes Ă  pied et Ă  cheval. ProtĂ©gĂ©s de la tĂȘte aux orteils, certains portent plus de 30 kilos sur le corps, sans oublier les armes. Les soldats suisses ne sont postĂ©s qu’à une vingtaine de kilomĂštres. Craignant à tout moment une embuscade, le roi demande Ă  ses hommes de garder le harnois pour se protĂ©ger si l’ennemi attaquait.

Sept mois à porter l’armure

Pour les besoins de l’expĂ©rimentation, StĂ©phane Legal a fait appel Ă  un artisan de l’AriĂšge, qui a confectionnĂ© les quatre armures sur mesure, chiffrĂ©es Ă  10.000 euros piĂšce (et financĂ©es aux trois quarts par un mĂ©cĂšne australien). Une armure qu’il s’entraĂźne Ă  porter « chaque semaine depuis sept mois ». « Il faut que le corps se l’approprie et en Ă©pouse la forme, que l’on repĂšre les zones oĂč ça frotte ou pince la peau par exemple afin de faire des ajustements. D’ailleurs au bout d’un certain temps, on s’habitue. C’est mĂȘme confortable », sourit l’historien, qui a suivi une prĂ©paration physique avec un ami, ancien athlĂšte handisport de haut niveau.

Si les cavaliers qui l’accompagneront ont repris des cours d’équitation, lui est allĂ© randonner avec son amure. Des passages qui ne sont pas passĂ©s inaperçus. « Plusieurs fois, on m’a demandĂ© s’il s’agissait d’un enterrement de vie de garçon, confesse-t-il en rigolant. Mais cela a surtout Ă©té l’occasion de prĂ©senter notre projet et de renvoyer sur notre blog ».

Aucun dĂ©tail n’a Ă©tĂ© oubliĂ©. Pas mĂȘme la nourriture et les rations de chaque repas, calquĂ©es sur celles de 1515. « Nous emporterons avec nous du pain, du fromage et de la viande sĂ©chĂ©e », dĂ©voile StĂ©phane Legal sans prĂ©ciser si les soldats auront le droit d’emmener une gourde de vin pour festoyer le soir Ă  la bergerie oĂč ils dormiront.

Source : 20 minutes