Tollé au Danemark, où un lycée public sépare les élèves. Une sorte de ségrégation raciale volontaire. Solution « la moins mauvaise », argue le proviseur. Pure discrimination, pestent les associations de défense des droits de l’homme.

À la rentrée, les élèves de seconde du lycée public Langkaer à Aarhus, deuxième ville du Danemark, ont découvert qu’ils étaient regroupés selon leur origine. Trois classes sont divisées à parts égales entre Danois et enfants d’origine étrangère. Quatre autres sont composées exclusivement d’élèves nés à l’étranger, ou au Danemark, mais de parents étrangers.

Pratique discriminatoire, ou mesure visant à favoriser l’intégration dans un système scolaire où la ségrégation sociale est de plus en plus marquée ?
Le débat n’en finit plus de faire des vagues dans le royaume. La ministre de l’Éducation vient d’apporter son soutien à la direction de l’établissement, constatant qu’elle n’avait pas dérogé à la loi.
Le proviseur, Yago Bundgaard, reconnaît que « ce n’est pas une solution idéale, mais c’est la moins mauvaise ».
En 2007, juste avant la suppression de la carte scolaire, les Danois représentaient encore 75 % des effectifs du lycée. Cette année, ils ne sont plus que 20 %.

Élèves danois en minorité

Langkaer, classé à la 11e place des lycées danois, est situé dans une banlieue mixte, mais attire des enfants de toute la ville. « Dans certains quartiers à forte majorité d’immigrés, les parents se sont passé le mot, observe le proviseur. Nous avons la réputation de bien nous occuper des élèves. » Les enfants d’origine étrangère, après avoir été longtemps en minorité en primaire et au collège, veulent se retrouver. « C’est humain », estime Yago Bundgaard.

Mais les élèves danois se retrouvent à leur tour en minorité. Un lycéen de première affirme même, dans le quotidien Politiken, avoir perdu son identité : « Je ne suis plus que « le Danois ». » Yago Bundgaard réagit : « La diversité est la meilleure ressource dont nous disposons dans l’enseignement, mais elle ne fonctionne pas quand la minorité est trop petite pour y contribuer. »

Les organisations de défense des droits l’homme dénoncent des mesures dignes de l’apartheid. « C’est de la pure discrimination de catégoriser les gens, selon qu’ils soient des Danois blancs ou bruns », s’insurge SOS-Racisme.

Le proviseur, choqué, se défend en expliquant que, s’il n’agit pas, son lycée ne sera plus fréquenté que par des enfants d’origine étrangère d’ici à deux ans. « Est-ce bien ce que la société souhaite ? », interroge-t-il. La ministre de l’Éducation promet une consultation pour éviter « la ghettoïsation des établissements scolaires ».

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