En matière sexuelle, le nazisme défendit des positions étonnantes, dont certaines se retrouvent aujourd’hui, certes soutenues par d’autres arguments, dans les discours les plus progressistes : éducation sexuelle pour les jeunes, combat contre le monopole de la famille traditionnelle, promotion d’une gestation distincte de la maternité…

(…) À l’initiative de Himmler, des lebensborns sont ouverts dès 1935 : dans ces « fontaines de vie » sous administration directe de la SS, les femmes peuvent donner naissances à leurs enfants illégitimes dans l’anonymat et bénéficier d’un suivi médical. Hitler lui-même s’était à maintes reprises insurgé de la discrimination subie par les enfants illégitimes. Les lebensborns se transforment rapidement en lieux de rencontres où les officiers SS peuvent faire connaissance avec des femmes sélectionnées pour leurs qualités physiques correspondant aux standards aryens, afin de les féconder et ainsi permettre le développement d’une race idéale. Les enfants nés de ces unions eugénistes (environ 10 000 selon les estimations) sont ensuite élevés sur place, aux côtés d’autres enfants enlevés à leurs familles car jugés « racialement valables », ou alors placés dans des familles sélectionnées.

Trop ambitieuse, la politique de natalité n’atteint jamais son but ; loin de se décourager, l’État allemand décide de redoubler d’efforts et de s’attaquer de manière directe aux comportements sexuels des citoyens. La reproduction est un sujet trop important pour que l’État en délègue la responsabilité aux seuls individus. Le nazisme développe une hostilité affichée à l’égard du couple, produit d’un christianisme dégénéré et empêchant l’expansion démographique. « Le couple monogame de longue durée menace la culture allemande et lui est fondamentalement étranger », déclare Hitler en 1934, dans une envolée que ne renierait pas un hippie. De la même manière, le théoricien national-socialiste Ernst Bergmann affirme que « le lien unissant la mère à l’enfant est une création artificielle n’entretenant avec la réalité aucun lien qui puisse justifier de s’opposer à ce que, dans certains cas, les enfants soient confiés à d’autres mères qu’à celles les ayant portés, soit que celles-ci soient inaptes à les élever dans l’intérêt de l’État, soit qu’elles y consentent librement pour le bien de ce dernier ». Que l’on obtienne, en changeant le mot « État » par « individu », le discours exact de certaines associations LGBT, n’est aucunement dû au hasard : c’est la même idée de rationalisation de la reproduction, de la vie et de sa valeur qui est à l’œuvre. (…)

Günter Grass écrit que « la société allemande a été préparée par le nazisme à se livrer à la société libérale et marchande », affirmation on ne peut plus valable en matière sexuelle. L’approche purement matérialiste et rationalisée du corps et de la sexualité constitue en effet un point commun à l’idéologie nazie et à la société du désir, même si cette dernière l’a considérablement complexifiée en lui soustrayant notamment l’impératif trop réducteur de la procréation. Poursuivant dans la même direction au cours des décennies suivantes, le régime communiste est-allemand alla même jusqu’à accorder aux homosexuels et aux femmes une reconnaissance et une place bien plus importantes que dans nombre de sociétés dites libérales. Ce paradoxe apparent entre confiscation de la liberté politique et promotion de la liberté sexuelle révèle l’embarras et les contradictions d’une certaine conception militante de la sexualité, qui se voit contrainte de constater que le concept de « libération sexuelle » n’a rien de fondamentalement progressiste ou émancipateur, et qu’il peut se réaliser en démocratie tout aussi bien qu’en dictature, puisqu’il n’est que le maquillage idéologique d’un phénomène essentiellement économique.

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S’appuyant sur des « coutumes germaniques », Heinrich Himmler était persuadé que des SS « racialement irréprochables » devaient avoir le droit à une deuxième épouse. D’après Felix Kersten, son Heilpraktiker (guérisseur dont le métier est reconnu officiellement en Allemagne), il considérait la monogamie comme une « oeuvre de Satan » concoctée par l’église catholique et qu’il fallait abolir. Heinrich Himmler estimait que, pour l’homme normal, il était « intolérable » de passer sa vie entière avec une seule femme.

Hitler lui-même et certains dirigeants du parti réfléchissaient à la possibilité de mariages bigames pour le futur, car la mort, sur le champ d’honneur, de tant de « héros » risquait de laisser de nombreuses femmes sans homme et de priver le pays de naissances. Himmler et d’autres chefs SS ne s’embarrassaient pas de tels atermoiements. Le clan SS suivait son propre style de vie, se distinguant sciemment des normes sociales en vigueur. Et bon nombre d’épouses de SS acceptèrent apparemment de partager leur mari avec une autre femme.

Extrait Les frères Himmler, DAVID REINHARC (13 janvier 2012)