Le créateur du smartphone voulait guérir son cancer de façon “alternative”. Il en est mort. Analyse.

Avant toute chose, voir l’excellente vidéo de Conversano sur l’arnaque des médecines alternatives. Un délice pour les gens intelligents :

Le texte qui suit a été écrit par le scientifique et médecin Laurent Alexandre, qui a notamment créé le site Doctissimo. SOURCE

Le fondateur d’Apple était l’oracle de l’ère numérique.

C’était aussi un homme paradoxal : en octobre 2003, on lui découvre une tumeur neuroendocrine du pancréas, qui est de bon pronostic si la maladie est soignée tôt. Les médecins expliquent à Steve Jobs qu’il est urgent d’enlever la tumeur, mais il refuse. Malgré les protestations de son entourage, il se soigne avec des médecines “douces et parallèles”. Il mange bio, consulte des guérisseurs, des naturopathes, utilise l’acupuncture, avale des gélules de plantes et boit des jus de fruits…

En 2004, de nouveaux tests démontrent le peu d’effet du tofu et des salades de pissenlit sur les cellules cancéreuses : la tumeur s’est propagée en dehors du pancréas. Jobs accepte enfin l’opération, mais beaucoup trop tard.

Conscient de la gravité de son état et de l’échec des méthodes alternatives, Steve Jobs se tourne alors vers la génomique et devient le premier homme dont le génome tumoral est analysé par les meilleurs spécialistes.

De 2005 à 2008, il est soigné avec les médicaments les plus adaptés à la signature génétique de sa tumeur.

L’iPhone sera le stéthoscope du XXIe siècle

Puis, sa maladie échappe au traitement : en 2008, il subit une radiothérapie expérimentale, avant une greffe du foie de la dernière chance. Il décède le 5 octobre 2011, à l’âge de 56 ans. Il aurait pu vaincre la maladie s’il s’était résolu plus tôt à une intervention chirurgicale pour enlever sa tumeur. Il est parti trop vite pour voir combien le smartphone qu’il a inventé va prendre une importance médicale croissante.

Des capteurs minuscules permettront une surveillance et une analyse en temps réel de notre santé à l’échelle moléculaire. L’iPhone du futur se chargera de contacter le médecin, puis l’intelligence artificielle, qui analyseront les données à distance. Le smartphone sera le stéthoscope du XXIe siècle, mais les médecines alternatives ont empêché Steve Jobs de participer à cette révolution médicale.

Le danger des médecines parallèles

Steve Jobs n’est pas le seul cancéreux mort à cause des médecines douces et parallèles. Une étude menée par l’équipe du Pr Skyler Johnson, de l’université Yale, montre les dangers du recours aux “autres médecines”. Les chercheurs ont mesuré l’impact, pour quatre cancers, du recours exclusif aux remèdes alternatifs (qi gong, homéopathie, naturopathie, plantes, yoga, acupuncture, régimes et diètes en tout genre, méditation…) à la place des traitements scientifiquement évalués (chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie, immunothérapie et hormonothérapie).

Les résultats, publiés dans le Journal of the National Cancer Institute, montrent que les patients qui recourent exclusivement aux thérapeutiques alternatives ont jusqu’à cinq fois plus de risques de mourir dans les cinq ans après le diagnostic que les patients qui se soumettent aux traitements classiques.

Cette différence dans les risques de décès est énorme pour le cancer du sein et du colon. Le risque de mort est multiplié par 5,7 pour le cancer du sein, par 4,5 pour le cancer colorectal et par 2 pour le cancer du poumon. Seulement un tiers des patients atteint de cancer colorectal et adeptes des médecines douces étaient en vie cinq après le diagnostic, contre 79 % de ceux traités par la cancérologie. Et ces résultats sont sous-estimés, selon le Pr Johnson, puisque les patients qui ont eu recours aux médecines douces étaient en moyenne plus jeunes et que certains sont passés aux traitements standard une fois que leur maladie a évolué, ce qui a prolongé leur survie.

Les médecines alternatives ont tué Steve Jobs et bien d’autres : l’ordre des médecins doit continuer à neutraliser tous ces charlatans !