Je m’appelle Mila, j’ai 27 ans et en 2013 j’ai quitté la région parisienne pour m’installer. Depuis, mon sentiment patriote s’est développé. On pourrait trouver cela paradoxal puisque les Corses, pour beaucoup, se considèrent comme Corses avant d’être Français. Après réflexion, la Corse est comme un petit bout de terre presque éloigné des problèmes que connaît le continent. Et c’est précisément la vie en Corse qui m’a fait prendre conscience de toutes les choses inacceptables auxquelles les continentaux se sont peu à peu habitués.

« Ici, tout le monde connaît tout le monde »

Ici, très peu de délinquance ordinaire. A part les actes de grand banditisme, qui n’affectent pas le quidam, la Corse est l’une des régions où il y a le moins de cambriolages dans toute la France. A titre d’exemple et totalement pris au hasard, on compte 15,72 violences et 5,73 cambriolages pour 1000 habitants à Paris contre 5,76 violences et 2,49 cambriolages pour 1000 habitants en Haute-Corse (Le Figaro).

Ici, tout le monde connaît tout le monde. Si vous voulez cambrioler quelqu’un ici, vous devez donc vous assurer de ne pas rater votre opération. Vous n’avez quasiment aucune chance de ne pas vous faire attraper et si ce n’est pas par la gendarmerie, vous risquez de vous faire repérer par les habitants. Une connaissance à moi, propriétaire de restaurants, me confiait que lors d’un cambriolage, les principaux suspects étaient tous connus d’elle. Étrange sentiment d’avoir serré la main de ses voleurs.

 

« Quand je reviens en région parisienne, je me prends tout en pleine gueule »

Il fait bon vivre ici. On se sent comme loin du continent. La Corse et son caractère insulaire permet de prendre de la distance avec le continent. C’est sans doute pour cela que vivre ici fait véritablement prendre conscience des problèmes gravissimes que subissent mes amis patriotes sur le continent. Quand je reviens en région parisienne, je me prend tout en pleine gueule. Je vois des choses qui ne me choqueraient pas si j’étais restée à Paris.

Voilà d’où vient sans doute ce sentiment exacerbé d’appartenance nationale qui s’est concrétisé depuis 4 ans. Je sais que c’est possible de vivre bien et de se sentir appartenir à une communauté. Les Corses ne sont pas racistes comme on l’entend dire très souvent. Ils sont fiers d’être ce qu’ils sont, fiers de leurs ancêtres. Ici, votre nom de famille évoque votre ascendance et immédiatement vous vous sentez rattaché à une histoire, à un patrimoine. Sans oublier le patrimoine culturel qui existe ici. Les chants corses, la charcuterie, l’huile d’olive, les littoraux magnifiques et cet accent si particulier. J’en oublie bien sûr. La Corse évoque la beauté d’une nature toujours aussi sauvage et indomptée.

Ici, vous vous rappelez que vous n’êtes rien sinon une toute petite partie d’un ensemble que des anciens ont établi. Vous reprenez votre place dans cet espace, sans vanité et sans prétention. Maintenant que j’ai goûté a la vie en Corse, impossible de revenir en région parisienne. Je regarde les événements continentaux de loin mais avec la peur au ventre. Que se passera t’il si demain la guerre éclate ? Quel sera mon choix ? Et que ferons-nous en Corse? J’ai comme l’impression que la mer n’est pas une barrière assez solide pour nous protéger éternellement.

« Tout semble encore possible, pas complètement perdu »

J’ai choisi d’élever mes enfants ici. Ici, tout semble encore possible, pas complètement perdu. La vie au village qui peut paraître ennuyeuse pour un jeune couple donne l’opportunité d’une existence calme et reposée. Et c’est l’essentiel. En réalité, je pense que l’avenir est aux villages. Beaucoup de gens n’en peuvent plus de la vie en pleine ville et je les comprends.

Ici, et depuis les attentats sur le continent, les velléités indépendantistes ont repris une certaine vitalité. Combien de fois ai-je entendu que la Corse sera indépendante dans 30 ans. Beaucoup ici se raccrochent à ce sentiment, cet espoir presque. Personnellement, je n’y crois pas. L’Etat français ne laissera pas la Corse prendre son indépendance aussi facilement. Et je ne suis pas certaine que cela reste souhaitable. L’avenir nous le dira.

A prestu mes amis.

 

Mila