Olivier Piacentini est depuis 17 ans, le directeur d’un cabinet de conseil spécialisé dans la création d’entreprises, mais aussi essayiste et politologue, souvent invité dans des émissions radiophoniques et télévisées. Cette conversation avec Grégoire Canlorbe, Vice Président du Parti National-Libéral, a eu lieu à Paris en avril 2018.

 

Grégoire Canlorbe : Pourriez-vous commencer par nous parler de votre proximité vis-à-vis des « jeunes de quartier » qui se lancent dans la création d’entreprise – et doivent endurer l’oppression des taxes et du code du travail ? Jusqu’à quel point vos essais sur la France, le déclin, et la mondialisation empruntent-ils à cette expérience de terrain ?

Olivier Piacentini : Je dirige depuis 17 ans un cabinet de conseil spécialisé dans l’assistance aux créateurs d’entreprises. Situé dans le département de Seine Saint Denis (le fameux 9-3), je suis amené à travailler souvent avec des jeunes de banlieue, dont certains ont eu un parcours chaotique, parfois même la délinquance, avant de se ranger et de vouloir créer leur propre emploi. C’est là que l’incohérence, voire l’injustice, du système Français saute aux yeux : auparavant dans l’oisiveté, l’échec, ou l’illégalité, ces jeunes se trouvaient excusés par un système judiciaire laxiste, victimisés par les discours des assistantes sociales, des avocats etc. Pour ceux qui décident de sortir de l’ornière, la surprise est grande de constater qu’à peine les statuts de la société déposés au greffe, ils passent sans transition de l’autre côté de la barrière : de victimes, ils deviennent des patrons, donc des exploiteurs, des profiteurs, et ne bénéficient plus de l’assistance des pouvoirs publics, mais subissent, au même titre que tous les autres indépendants, l’oppression fiscale et réglementaire qui finit par en décourager bon nombre.
C’est cette réalité d’une France sens dessus-dessous, d’un système illisible car vidé de toute hiérarchie des valeurs que je m’efforce de traduire dans mes essais. Mes ouvrages sont autant le fruit de mes études, de mes lectures, de ma curiosité intellectuelle, que de ma connaissance du terrain, des réalités, des rencontres très diverses que je suis amené à faire, parfois dans une seule et même journée.

Grégoire Canlorbe : « L’Italien, le plus remarquable des hommes, » écrivait l’anthropologue Robert Ardrey dans L’Instinct du Territoire, « a démontré avec sa société d’antagonisme interne qu’il est possible de survivre avec un minimum miraculeux de confiance sociale, d’honnêteté personnelle, d’action concertée, et de sympathie effective, et il a présenté toute une civilisation avec des réalisations individuelles peut-être inaccessibles si l’on est accablé par la nécessité nationale. Mais il a payé un lourd tribut de vulnérabilité sociale et individuelle. C’est un prix que la plupart des primates, humains ou sous-humains, ont refusé. »
Vous qui avez des racines florentines, vous retrouvez-vous dans ce portrait de l’âme italienne ?

Olivier Piacentini : Ces quelques phrases résument de façon admirable tout ce que je ressens à propos de l’Italie, mon second pays, à mes yeux pays d’exception au même titre que la France. Robert Ardrey l’explicite à merveille : le génie italien est avant tout individuel, une personnification extrême de l’âme, un grain de folie que l’air du pays favorise, et non décourage. L’Italien accepte le risque, la précarité que cet élan ne manque pas de créer. Et le lien social de ce pays repose lui aussi sur un élan spontané, une organisation implicite issue de la société civile, bien plus que sur les institutions et l’organisation administrative. L’Italien est naturellement réticent aux organisations trop bien huilées, trop directives, qui brident sa créativité et son indépendantisme de l’esprit. Cette singularité est la source du génie particulier de la péninsule. Moi-même je suis probablement influencé par ce sang qui coule dans mes veines : j’ai toujours voulu voler de mes propres ailes, être mon propre patron, ne compter que sur mes propres ressources, avec bien sûr le soutien moral de ma famille.
En outre, ce sentiment de déclin de l’Occident est probablement ressenti en Italie plus qu’ailleurs : le parallélisme avec l’histoire romaine influence les esprits de la péninsule, qui ont ainsi l’impression de revivre un épisode bien connu de leur histoire. C’est pourquoi la réaction des Italiens, dans les urnes, a été sans appel : la conscience des risques extérieurs l’a emporté sur toutes les autres considérations.

Grégoire Canlorbe : Vous estimez que la France et l’Italie doivent toutes deux leur génie, leur culture d’exception, à une vision du monde paradoxale et nostalgique. Pourriez-vous revenir à ce sujet ?

Olivier Piacentini : La France, comme l’Italie, sont deux pays de paradoxes, avec un hiatus originel au cœur de leur culture. La France est officiellement le pays de la démocratie, des Lumières, des Droits de l’homme ; pourtant, la nostalgie des fastes de la monarchie transpire, dans les ors de la République, dans le goût prononcé pour l’histoire, les arts, dans la posture royale, quasi mystique et omnisciente que l’on attend d’un chef d’état – à mille lieues du modèle américain du président manager, totalement disqualifié dans l’hexagone.
L’Italie est, elle, aux yeux du monde le pays catholique par excellence. Pourtant, l’âme païenne remonte des tréfonds des temps antiques, et atteint les sommets de l’état, à travers les figures des Borgia, de Laurent de Médicis, de Mussolini, de Berlusconi. Le peuple pardonne les excès de ses dirigeants, car il ressent au fond de lui les mêmes élans. De leurs contradictions, ces deux pays ont fait des sources fécondes et inégalées de richesse artistique, culturelle, politique, littéraire etc. Elles sont, à mes yeux, les ressorts qui font de l’une comme de l’autre, des joyaux incomparables de beauté, d’intelligence et d’humanité.
Puisque nous échangeons sur le génie respectif de la France et de l’Italie, je voudrais signaler mon admiration à l’endroit de l’économie politique française, qui a esquissé une approche subjective de la valeur, et une théorie de l’entrepreneur, dont Mises et Hayek allaient se faire les héritiers. L’économie politique italienne, celle de Pareto et Gobetti, a également marché dans les traces de l’école française, et en particulier prolongé (mais aussi critiqué, relativisé) la conception de la lutte des classes selon Jean-Baptiste Say.
Alors Président du Conseil de la République italienne, Berlusconi (cité par Jacques Garello dans son recueil Aimez-vous Bastiat ?) n’a pas manqué de célébrer le génie de Frédéric Bastiat à l’occasion de la célébration du bicentenaire de la naissance de ce grand économiste français. Voici ce qu’il déclarait, à juste titre : « Frédéric Bastiat fut profondément catholique et profondément libéral. Ayant vécu en une époque de conflit aigu entre l’État libéral et l’Église Catholique, il démontra comment il n’y avait pas du tout d’opposition entre les principes juridiques, politiques et économiques du libéralisme, et les principes moraux du catholicisme. (…) C’est cette union du catholicisme et du libéralisme qui depuis toujours inspire également ma vision du monde, en tant que personne, en tant qu’entrepreneur, et en tant qu’homme politique. »

Grégoire Canlorbe : Vous avez enquêté sur les liens du Président Macron avec la superclasse mondiale – et le club Bilderberg, en particulier. Quels faits méritent d’être connus ?

Olivier Piacentini : Effectivement, je consacre un chapitre de mon dernier livre, La mondialisation totalitaire, au club de Bilderberg, réseau d’influence d’élite occulte dont la prétention est d’instaurer une gouvernance mondiale qui supplanterait nations, démocraties et souverainetés. En mai, je publie aux Éditions de Paris un ouvrage intitulé « OPA sur l’Elysée », dans lequel j’évoque la filiation de Macron à ce club. Financé exclusivement par les puissances financières de niveau mondial, Macron fut la fusée lancée par Bilderberg pour sauver son projet du naufrage après les débâcles du Brexit et de la victoire de Trump. La présence de Macron au sommet de Bilderberg de Copenhague, en mars 2014, fut la rampe de lancement du jeune ambitieux, instantanément promu au rang de vedette médiatique dans des magazines comme Match, l’Express ou Vsd, propriétés de magnats comme Lagardère, Drahi ou Niel…

Grégoire Canlorbe : Vous suggérez qu’une mondialisation respectueuse de l’identité des peuples et de la souveraineté des États-Nations aurait pu voir le jour ; autrement dit, que le caractère cosmopolite de la mondialisation telle que nous la vivons est accidentel, et non inéluctable. Pourriez-vous nous rappeler votre analyse ?

Olivier Piacentini : Si la mondialisation a pris un tour « mondialiste », c’est-à-dire d’uniformisation de la pensée, des cultures, des arts, des formes de productions, ce n’est pas un phénomène inéluctable lié à l’évolution technique. À la base, la mondialisation, c’est la possibilité d’accroître les échanges, les voyages : cela aurait pu, et même aurait dû conduire au contraire à une plus grande diversité. C’est la prise du pouvoir planétaire par les multinationales et les banques, à l’aube des années 90, qui a orienté la mondialisation dans ce sens.
En effet, l’intérêt des multinationales est de profiter de tous les avantages dont elles peuvent disposer en tel ou tel endroit de la planète, pour maximiser et pérenniser leurs profits. À ce titre, leur objectif est de vendre les mêmes produits partout, de réduire le plus possible les coûts de production en jouant sur la concurrence entre les nations pour les attirer, d’écraser la concurrence des sociétés nationales, qui elles ne peuvent délocaliser, et subissent les fiscalités et règlementations dont les multinationales s’affranchissent sans peine. Le libre-échangisme organisé et jalousement protégé par l’OMC offre aux multinationales un monde où elles, et elles seules, ont les mains libres pour faire ce qu’elles veulent, où qu’elles veulent. Les traités TAFTA prévoient même l’instauration de tribunaux que les multinationales pourraient saisir pour faire condamner les États qui nuiraient à leurs intérêts. Sans cette organisation politique et juridique, la mondialisation aurait eu un tout autre visage.

Grégoire Canlorbe : Lorsqu’il ne passe pas pour un cas sincère de nationalisme économique, le protectionnisme du Président Trump, actuellement engagé dans une guerre commerciale avec la Chine, est salué comme une forme subtile de libre-échangisme. Loin de refuser la « mondialisation totalitaire » en tant que telle, Trump serait seulement soucieux de prendre en compte les paramètres géopolitiques (en plus des paramètres proprement économiques) dans la négociation des traités de libre-échange.
Quel est votre avis sur la question ?

Olivier Piacentini : On ne peut refuser la mondialisation, comme on n’a pas refusé l’imprimerie et les découvertes à la Renaissance, ou l’industrialisation au XIXème siècle. Mais on peut, et on doit refuser le mondialisme, c’est-à-dire la destruction des nations et des démocraties, par l’immigration de masse, les délocalisations et le libre-échangisme. Trump n’a pas parlé de fermer les frontières, de réduire les échanges. Il œuvre pour barrer la route aux délocalisations, en taxant les réimportations de produits délocalisés, car cela relève non plus de la concurrence libre et non faussée, mais d’une concurrence déloyale. Il agit aussi pour stopper l’immigration de masse, une aberration quand on prend en compte le niveau de chômage en Occident, la difficulté d’intégrer des populations quand leur nombre excède un certain seuil.
Il est d’ailleurs étrange que la vague migratoire n’ait jamais été aussi forte que ces dernières années, alors que de nombreuses régions du monde voient leurs économies émerger, que le potentiel de croissance est bien plus fort au Sud qu’au Nord. On voit bien que l’immigration de masse ne répond à aucune logique, mais plutôt à « la mondialisation des esprits », une politique conduite et planifiée pour démolir l’homogénéité culturelle des nations et arracher cette gouvernance mondiale pour laquelle certains cercles d’élite militent.

Grégoire Canlorbe : Vous dénoncez l’hypertrophie de la fonction marchande en Occident. À ce propos, il me semble tout simplement faux que la société américaine soit, comme le veut le politiquement correct de la Droite, une société marchande, i.e., une société où les valeurs dites utilitaires (commerce et production) priment sur la religion et l’armée. Que le lobby militaro-industriel, actant l’inféodation politique du guerrier au marchand, tienne le pays en otage depuis la fin de Seconde Guerre Mondiale est un fait ; mais il est tout aussi avéré que dans l’échelle de valeurs de l’Amérique dite profonde, l’armée et la religion, le drapeau et l’église, sont prioritaires.
La société américaine n’est-elle pas une société guerrière – et cet esprit martial n’imprègne-t-il pas la conception américaine de l’homme d’affaires, qui doit se montrer honorable et impitoyable tel un chevalier ?

Olivier Piacentini : L’hypertrophie de la fonction marchande est la conséquence directe de la prise du pouvoir par les multinationales. À l’échelle du monde, elles ont réorganisé leurs activités en spécialisant chaque pays, et chaque partie du monde, suivant leurs intérêts. L’Occident n’occupe plus ce rôle central de moteur de la production, il est relégué à la fonction « consommation et loisirs », tandis que l’Asie, plus compétitive, est devenue en vingt ans l’atelier du monde. Dans ce schéma, le capitalisme à l’ancienne, fondé sur l’épargne, le travail, l’innovation, la prise de risque, est désuet aux yeux des puissances économiques : le nouveau capitalisme occidental a basculé dans le consumérisme, l’hédonisme, la société des loisirs. Et cette évolution a lourdement impacté nos sociétés, désormais droguées à la culture de l’ « entertainment », et se réfugiant dans les bons sentiments et le virtuel dès qu’un danger pointe à l’horizon.
Dans notre civilisation désormais ramollie, inapte au combat, les agressions islamistes tombent un peu comme une invasion de soucoupes volantes : on ne comprend pas ce qui arrive car on a perdu la notion du tragique de l’histoire. Certains pays n’ont pas totalement oublié cet aspect essentiel de la souveraineté et de l’indépendance nationale que représente la fonction guerrière. De même, les oripeaux de la nation, les cultures nationales, la religion… vus comme les relents d’un passé révolu, tout ceci a mieux résisté aux États-Unis, nation encore jeune, qui a moins subi les dégâts des guerres mondiales. Il est remarquable qu’une société aussi multiculturelle que l’Amérique, parvienne à rassembler l’ensemble de la population autour de quelques valeurs intangibles, qui fondent l’unité nationale plus que partout ailleurs.

Grégoire Canlorbe : Parmi les nationaux-libéraux, d’aucuns estiment que la lutte contre le terrorisme islamique ne doit pas seulement consister en enquêtes de police et opérations militaires : elle doit impliquer de nouvelles discriminations à l’entrée du territoire, et surtout un vaste programme de ré-émigration. Du reste, elle ne doit pas seulement combattre l’Islam et le terrorisme : elle doit prendre en compte la complicité active des élites multi-culturalistes, en incluant les hauts fonctionnaires de l’Union Européenne. Souscrivez-vous à ce programme ?

Olivier Piacentini : Je travaille sur un livre qui décrit la prégnance de l’Islam sur les populations musulmanes, et en quoi l’Islam façonne les esprits sur un modèle bien étranger à celui qui prévaut chez nous, le libéralisme, la tolérance, la laïcité etc. La société sans Dieu, et sans Loi telle que la nôtre apparait à leurs yeux, ne leur inspire que du mépris. De fait, plus il y aura de musulmans en Europe, plus un contre-modèle de société prendra de l’ampleur au sein même de nos pays. Plus on concentrera de populations allogènes aux mêmes endroits, et plus émergeront des foyers de rébellion et d’insurrection. C’est ce qui arrive sous nos yeux, et que les pouvoirs publics ne veulent pas voir.
Pour régler le problème, il faut faire montre d’une fermeté sans pareille, expulser tous les étrangers fauteurs de trouble mais également qui pratiquent un prosélytisme suspect. Il faut stopper l’immigration issue principalement des pays musulmans. Elle doit pour cela lutter contre l’idéologie dominante, multi-culturaliste, qui veut nous faire passer l’Islam pour un folklore bien inoffensif.

Grégoire Canlorbe : Permettez-moi de rappeler ce qu’écrivait un occultiste du XIXème siècle à propos du christianisme et de la France. « Le christianisme », lit-on dans La Clef des grands mystères, « est le fruit des méditations de tous les sages de l’Orient, qui revivent en Jésus-Christ. Ainsi la lumière des esprits s’est levée où se lève le soleil du monde ; le Christ a conquis l’Occident, et les doux rayons du soleil de l’Asie ont touché les glaçons du Nord. Remuées par cette chaleur inconnue, des fourmilières d’hommes nouveaux se sont répandues sur un monde épuisé ; les âmes des peuples morts ont rayonné sur les peuples rajeunis et ont augmenté en eux l’esprit de vie.
Il est au monde une nation qui s’appelle franchise et liberté, car ces deux mots sont synonymes du nom de France. Cette nation a toujours été, en quelque sorte, plus catholique que le pape et plus protestante que Luther. La France des croisades, la France des troubadours et des chansons, la France de Rabelais et de Voltaire, la France de Bossuet et de Pascal, c’est elle qui est la synthèse des peuples ; c’est elle qui consacre l’alliance de la raison et de la foi, de la révolution et du pouvoir, de la croyance la plus tendre et de la dignité humaine la plus fière. Aussi voyez comme elle marche, comme elle s’agite, comme elle lutte, comme elle grandit ! Souvent trompée et blessée, jamais abattue, enthousiaste de ses triomphes, audacieuse dans ses revers, elle rit, elle chante, elle meurt et elle enseigne au monde la foi en l’immortalité. »
Saurait-on mieux formuler qu’Éliphas Lévi votre propre sentiment ?

Olivier Piacentini : La France était jadis la fille ainée de l’Église, depuis la conversion de Clovis. « Qu’as-tu fait des promesses de ton baptême ? », lui a demandé, un brin inquisiteur, le pape Jean Paul II en 1980. La France laïque s’acharne depuis un siècle à réduire le christianisme à la marge de la société, à n’en faire qu’un élément du décor de nos villes et nos campagnes. Et encore : l’acharnement à extirper les croix et crèches de l’espace public est assez révélateur de la haine qu’inspire le christianisme dans certains cercles. On défend la laïcité car on la déguise en outil de tolérance, alors qu’elle est le gourdin pour faire taire les expressions religieuses.
Comme l’a si bien dit Philippe de Villiers : « la laïcité crée le vide, l’Islam le remplit ». La société mondialiste, sans patrie, ni transcendance, ni Dieu, ne peut survivre sur la seule drogue du virtuel et des grandes surfaces. La religion est inscrite dans le cœur des hommes. Le jour où l’Islam s’imposera sur les ruines du christianisme occidental, croyez-vous que nous vivrons toujours comme nous vivons, libres et responsables ?

Grégoire Canlorbe : Merci de votre temps. Voudriez-vous ajouter un mot ou deux ?

Olivier Piacentini : Je suis très heureux d’être interrogé par un jeune d’un tel niveau de culture, avec une pensée aussi structurée, et au-delà, de sentir un engouement particulier pour mes ouvrages chez les jeunes. Non pas que je préfère les jeunes aux vieux, mais la jeunesse m’interpelle. Les gens de ma génération peuvent, en regardant en arrière, apprécier facilement la perte de diversité, d’épaisseur culturelle, de cohésion nationale, de valeurs morales, car ils ont baigné dans une société vraiment différente et ils s’en rappellent. Les jeunes, eux, ressentent le malaise, alors qu’ils n’ont jamais connu autre chose que cette société mondialisée. Comment font-ils pour comprendre et ressentir quelque chose qu’ils n’ont pas vécu ? Ils ont bien plus de mérite que nous de percevoir, et de vouloir réagir à un bouleversement dont ils n’ont finalement que vaguement entendu parler.
S’il n’y avait que des gens de mon âge et au-delà pour comprendre cela, nous serions taxés de passéisme, de nostalgie ringarde. Mais les jeunes sont là, et bien là, et en nombre. Cela veut dire que nous décrivons non pas une évolution normale de la société, qui déconcerte seulement les anciens, mais une volte-face de notre civilisation qui tourne le dos à tout ce qu’elle a pu être jusque-là, et une amputation d’une partie des aspirations normales de l’âme occidentale.

———–

Grégoire Canlorbe est Vice Président du Parti National-Libéral, nationaliste, archéofuturiste, et pro-libre marché. Il promeut une forme nouvelle du libéralisme, qu’il appelle « libéralisme territorial-aristocratique ».
Contact :
gregoire.canlorbe@wanadoo.fr
https://www.facebook.com/gregoire.canlorbe

Laisser un commentaire